Quand la communauté protège l’agresseur, qui protège la victime ?

Depuis le 8 juin, j’ai entamé, avec une équipe de l’Institut National de la Femme – Bénin (INF-Bénin), une mission de supervision des psychologues déployées dans les départements de l’Alibori, de la Donga, du Zou, du Couffo, du Plateau et du Littoral.

Cette mission nous conduit également à la rencontre des acteurs de la chaîne de prise en charge des violences basées sur le genre.

Après les étapes de la Donga et de l’Alibori, une réalité s’impose avec force :

👉 la violence faite aux femmes et aux filles ne se nourrit pas seulement du silence des victimes. Elle est parfois entretenue par des mécanismes sociaux, culturels et communautaires qui rendent la dénonciation presque impossible.👈

J’ai vu des femmes et des filles écrasées sous le poids des pressions sociales.

J’ai entendu des récits de viols sur mineures, de mariages précoces, de mariages forcés et de violences sexuelles collectives.

J’ai observé comment, dans certains contextes, la préservation des équilibres communautaires peut prendre le pas sur la recherche de justice et la protection des victimes.

Le drame ne réside pas uniquement dans les violences commises. Elle réside surtout dans les systèmes de tolérance qui les entourent.

Lorsqu’une victime ose parler, elle se retrouve parfois confrontée à des pressions familiales, communautaires ou religieuses visant à régler les faits à l’amiable, au détriment de ses droits et de sa sécurité.

Face à cette situation, trois priorités me paraissent urgentes :

✅ Investir massivement dans la sensibilisation de longue durée, en impliquant simultanément leaders religieux et traditionnels, femmes, hommes, jeunes et communautés; sans occulter la répression; force restera toujours à la loi.

✅ Renforcer l’autonomisation économique des femmes, car la dépendance financière demeure l’un des principaux freins à la dénonciation des violences.

✅ Créer davantage de centres d’accueil et d’hébergement d’urgence, afin d’offrir aux victimes un espace sécurisé lorsqu’elles ne peuvent plus rester dans leur environnement immédiat.

La lutte contre les violences basées sur le genre ne se gagnera ni dans les bureaux ni dans les statistiques.

Elle se gagnera au cœur des communautés, lorsque la protection de la dignité humaine primera sur les arrangements sociaux.

Mes sincères remerciements aux Procureurs des tribunaux de Kandi et de Djougou, aux Directeurs départementaux de l’Alibori et de la Donga, aux responsables des Guichets Uniques de Protection Sociale, aux responsables des structures sanitaires, notamment l’Hôpital de Zone de Kandi et l’Ordre de Malte, ainsi qu’aux commissaires et à leurs équipes pour leur disponibilité et leur engagement.

Cap maintenant sur le Zou, le Plateau et le Littoral.

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